« 14 juillet 1838 » [source : BnF, Mss, NAF 16335, f. 53-54], transcr. Sandra Glatigny, rév. Gérard Pouchain, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.2790, page consultée le 01 mai 2026.
14 juillet [1838], samedi matin, 11 h. ¼
Bonjour mon petit bien-aimé, comment m’aimez-vous ce matin et comment vont tes yeux adorés ? Moi, j’ai passé la nuit la plus triste qui soit possible de voir, sans dormir, sans veiller, étouffant et rêvant de chien, de chat, de la pièce nouvelle, enfin m’embêtant et me grattant jusqu’au sang. Voilà ma nuit. J’aurais pu mieux l’employer, n’est-ce pas mon amour ? J’ai pourtant pensé à toi tout le temps mais c’était mal accompagné. Enfin, je suis furieuse contre ma nuit. Il nous faut reconduire Claire absolument aujourd’hui. Tâche que ce ne soit pas trop tard ni trop tôt non plus car j’ai à nous habiller et à déjeuner et ma pendule avance d’une heure et tu sais que nous nous sommes couchées tard cette nuit. Mon Toto je t’aime, mon Toto vous êtes jeune, mon Toto vous êtes ravissant. Mon Victor vous êtes bon. Mon Victor vous êtes grand, mon toi, tu es adoré de ta Juliette.
« 14 juillet 1838 » [source : BnF, Mss, NAF 16335, f. 55-56], transcr. Sandra Glatigny, rév. Gérard Pouchain, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.2790, page consultée le 01 mai 2026.
14 juillet [1838], samedi soir, 9 h. ¾
Je vous écris sur du papier écolier mon amour avec une orthographe à l’avenant. Mon Toto, je vous aime. Mon Toto, je ne suis pas [Dessina]. Je ne demande pas mieux que de l’être pour vous. Je suis arrivée d’une manière opportune tantôt. Je n’en suis pas fâchée car sans cela je ne serais plus revenue. Que je vous adore mon petit homme et que je voulais être aimée de vous, tandis que je ne suis qu’un pauvre toucan[Dessinb] bien hideux et bien résigné. Je vous écris non pas avec une de mes plumes mais avec une de mes pattes. C’est pour ça que c’est si bête, mais en revanche, je vous donne en amour tout ce que je ne vous donne pas en esprit, ainsi MESUREZ. J’ai toujours peur, mon Toto, que vous oubliiezc de venir me chercher, ce qui ne serait pas très amusant. Je guette tous les bruits de la maison pour deviner si c’est toi. J’ai tant de besoin de vous baiser, mon petit homme, que vous seriez bien bon de venir tout de suite.
Juliette
a Dessin d’un triangle, pointe en bas, doté d’un point à
chaque angle :

b Dessin d’un toucan :

c « oubliez ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle est engagée au Théâtre de la Renaissance, où le rôle de la Reine dans Ruy Blas, écrit pour elle, lui échappe.
- Janvier-févrierReprise d’Hernani à la Comédie-Française (les 20, 23, 25, 27, 29 et 31 janvier et les 6, 9, 12, 18, 21, 23 février).
- MarsReprise de Marion de Lorme à la Comédie-Française (les 8, 10, 12, 15, 17, 20).
- 25 marsReprise d’Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française, toujours avec Mlle Noblet, mais avec Mlle Rabut dans le rôle de Catarina. Dans cette distribution, la pièce est jouée les 7, 11, 14 et 19 août 1838, le 2 septembre 1838, les 7 et 15 février, le 6 mars et le 6 mai 1839, puis encore une fois le 2 décembre 1841.
- MaiAnténor Joly, directeur du Théâtre de la Renaissance, engage Juliette Drouet.
- 12 aoûtHugo lit Ruy Blas achevé à Juliette.
- 18-28 aoûtVoyage avec Hugo en Champagne. Le 19 août, Adèle Hugo adresse une lettre à Anténor Joly pour le dissuader de confier le rôle de la Reine à Juliette Drouet.
- 8 novembrePremière de Ruy Blas au Théâtre de la Renaissance. Louise Beaudoin joue le rôle de la Reine.
